Logo La Ferme de Lezavarn La Ferme de Lezavarn
Recettes bretonnes · · 7 min de lecture

Galette de sarrasin : quelle garniture choisir, et les galettes bretonnes qu'on confond

Quelle garniture pour une galette bretonne ? Le catalogue complet (complète, andouille, saumon, sucrées) et les trois galettes bretonnes qu'on confond.

Galette de sarrasin pliée en triangle, saupoudrée de sucre glace et servie avec des fraises fraîches

Galette de sarrasin : quelle garniture choisir, et les galettes bretonnes qu’on confond

Pour une galette bretonne, la complète (œuf, jambon, fromage) reste la valeur sûre, et personne autour de la table ne s’en plaindra. Passé ce classique, trouver une idée de garniture pour une galette bretonne, c’est surtout une histoire d’accord avec l’amertume terreuse du blé noir : elle appelle le gras, le fumé et le sucré-salé, elle supporte mal l’acide et l’aqueux.

Installés à Lezavarn depuis 2019, je commandais une complète dans chaque crêperie entre Landerneau et la côte, par réflexe. Une crêpière du marché de Landerneau m’a fait goûter une andouille-poireaux un samedi matin, et j’ai compris que je passais à côté de la moitié de la carte. Voici donc un catalogue de garnitures qui va plus loin que la complète, puis une mise au point : « galette bretonne » désigne trois produits différents qu’on mélange tout le temps. Pour la pâte, le ratio farine-eau et la cuisson, je renvoie à la pâte à galette et sa cuisson.

Le catalogue des garnitures : mes idées salées et sucrées

La logique est toujours la même. On garnit une galette déjà retournée, face cuite en dessous. Ce qui doit fondre (le fromage) va au contact de la galette, ce qui doit juste réchauffer se pose par-dessus, et on replie les quatre bords en carré. Trois ingrédients au maximum : au-delà, plus rien ne ressort et le pliage ne tient plus.

Les salées canoniques

La complète. Œuf cassé au centre, blanc étalé vers les bords à la fourchette, jambon de part et d’autre du jaune, fromage râpé sur le pourtour. Le gras du fromage et le sel du jambon équilibrent l’amertume. Erreur classique : le fromage au centre sur le jaune, il glisse et le carré ne colle pas aux angles.

La complète andouille. Trois ou quatre fines rondelles d’andouille de Guémené à la place du jambon, ou en plus, posées à plat sur le fromage avant de replier. Le fumé profond de l’andouille est le meilleur partenaire du blé noir. Erreur : des rondelles trop épaisses, qui réchauffent mal et écrasent le reste.

La galette saucisse à l’assiette. Une saucisse de porc grillée posée sur la galette chaude, repliée en portefeuille, mangée à la fourchette. À ne pas confondre avec la galette-saucisse de rue, dont je parle plus bas. Gras franc, galette croustillante. Erreur : une saucisse pas assez grillée, dont le jus ramollit la galette.

Le fromage seul. Du fromage à faire filer : raclette ou morbier l’hiver, bûche de chèvre l’été, avec un tour de moulin à poivre. Le lacté adoucit sans masquer le goût de la farine. Erreur : trop en mettre, ça déborde sur la billig et brûle.

Galette de sarrasin garnie de jambon et d'œuf, pliée et dorée sur l'assiette

Les marines

Saumon fumé, crème, aneth. Crème fraîche épaisse sur la galette chaude, saumon posé à cru une fois la galette hors du feu, aneth au dernier moment. Le gras iodé et la pointe d’acidité de la crème tiennent tête à l’amertume. Erreur : poser le saumon trop tôt, il devient caoutchouteux.

Sardine ou maquereau. Une boîte de bonne qualité, poisson égoutté puis écrasé à la fourchette, un trait de citron. Poisson gras et salé, l’accord fonctionne. Erreur : garder toute l’huile de la boîte, elle détrempe la galette.

Saint-Jacques et crème. Noix saisies trente secondes par face à part, déposées sur un fond de crème. Pour les jours de fête. Erreur : les cuire dans la galette, elles rendent leur eau.

Les végétales de saison

Ce sont des garnitures : on parle de ce qu’on met dedans, pas d’une pâte sans blé.

Poireaux fondus et lardons. Poireaux émincés fondus vingt minutes au beurre à feu doux, lardons ajoutés à la fin, ou pas. Le sucre du poireau confit répond à l’amertume. Erreur : des poireaux pas assez fondus, filandreux sous la dent.

Forestière. Champignons poêlés à sec d’abord pour évacuer leur eau, crème seulement ensuite. Erreur : la crème avant l’évaporation, on obtient une soupe qui perce la galette.

Chèvre et légumes rôtis. Courge, poivron ou aubergine rôtis la veille, chèvre par-dessus. Pratique le lendemain d’un four du dimanche. Erreur : des légumes encore tièdes et humides, la galette boit le jus.

Épinards, œuf, crème. Épinards tombés à la poêle et bien essorés, œuf au centre comme pour la complète, pointe de crème. Erreur : des épinards mal essorés qui noient l’œuf.

Les sucrées

Caramel au beurre salé. À peine tiédi, en filet sur la galette pliée. L’amertume du sarrasin, celle du caramel et le sel : l’accord breton par excellence.

Pomme-cannelle. Quartiers de pomme revenus au beurre avec un peu de sucre et de la cannelle. Erreur : des pommes crues, elles ne cuiront pas dans la galette.

Chocolat-banane. Carrés de chocolat noir posés sur la galette encore sur le feu pour qu’ils fondent, rondelles de banane par-dessus.

Sucre, citron, beurre. Le minimum : beurre demi-sel, sucre, quelques gouttes de citron. Pour un vrai dessert plutôt qu’une galette sucrée, il y a le far breton de ma belle-mère.

Les accords qui ne marchent pas

La tomate crue détrempe et refroidit la galette : en confite ou séchée, elle passe. Les garnitures trop liquides (sauce non réduite, coulis) percent la pâte. Et au-delà de trois ingrédients, le goût se brouille et le carré ne se plie plus.

« Galette bretonne » désigne trois choses différentes

Selon la personne et l’endroit, « galette bretonne » veut dire trois produits qui n’ont presque rien en commun.

La galette de blé noir salée

La galette-repas des crêperies, celle de tout ce qui précède : sarrasin, eau, sel, cuite sur billig, garnie salé et pliée en carré. C’est le sens le plus répandu dans le Finistère quand on parle de garniture. La pâte est un sujet en soi, je ne la refais pas ici.

La galette-saucisse rennaise

À Rennes, d’où je viens, « galette-saucisse » désigne autre chose : une saucisse de porc grillée, roulée dans une galette de blé noir froide ou à peine tiède, sans beurre, sans fromage, sans rien d’autre, mangée à la main. C’est la nourriture des matchs du Stade Rennais au Roazhon Park et des files du marché des Lices le samedi matin. La galette n’a rien de celle de la crêperie : cuite nature, plus solide, faite pour être pliée froide autour de la saucisse sans casser. Chez soi : une galette de sarrasin cuite sans garniture puis refroidie, une saucisse de porc grillée à la poêle ou au barbecue, des oignons ou de la moutarde si on veut, et on roule. Le ketchup et la mayonnaise, à Rennes, ça se remarque.

Le biscuit sablé et la galette des rois

Dans les boulangeries et les rayons de supermarché, « galette bretonne » est aussi un biscuit sablé épais, pur beurre demi-sel, cousin plat du palet breton. Aucun rapport avec une crêpe. Et à l’Épiphanie, beaucoup de familles bretonnes font leur galette des rois « sablée » : une pâte sablée pur beurre, dans l’esprit du gâteau breton, plutôt que la version feuilletée à la frangipane ou la couronne briochée du Sud. La différence en trois lignes : la feuilletée-frangipane (pâte feuilletée et crème d’amande) est la plus riche et la plus fragile ; la briochée est un anneau de brioche aux fruits confits ; la galette des rois sablée est un disque dense au beurre, qui se garde le plus longtemps.

Comment conserver une galette des rois. Une sablée pur beurre tient trois à quatre jours à température ambiante, sous un torchon ou dans une boîte métal. Une feuilletée à la frangipane se mange dans les 48 heures : la pâte feuilletée ramollit vite. Le réfrigérateur, emballée dans du papier aluminium, gagne un jour mais coûte du croustillant. On ne laisse jamais une frangipane traîner plus d’une journée dans une cuisine chauffée.

Peut-on congeler une galette des rois. Oui. De préférence crue, montée mais pas cuite : un à deux mois, puis cuisson directement à la sortie du congélateur en ajoutant une dizaine de minutes. Cuite puis congelée : deux mois, réchauffage dix minutes à 160 °C ; la feuilletée perd un peu de tenue, la sablée ressort presque intacte. Décongélation lente au réfrigérateur, jamais sur le plan de travail.

FAQ

Quelle garniture pour une galette bretonne quand on reçoit ?

Une complète classique pour les prudents, une andouille-poireaux et une saumon-crème-aneth pour varier, une caramel au beurre salé en dessert. Trois salées et une sucrée : personne ne se plaint.

Galette ou crêpe pour le salé ?

Galette de sarrasin pour le salé, crêpe de froment pour le sucré : c’est la règle des crêperies bretonnes. Une crêpe de froment au jambon existe, mais ce n’est pas ce qu’on sert ici.

La galette-saucisse, c’est avec du sarrasin ?

Oui. La galette-saucisse rennaise se fait avec une galette de blé noir cuite nature, servie froide, roulée à la main autour d’une saucisse grillée. Ni beurre, ni fromage, ni garniture.

Peut-on préparer les galettes à l’avance ?

Oui. Cuisez-les nature, empilez-les avec un film entre chaque, gardez-les au frais deux jours. On réchauffe et on garnit au moment de servir : c’est ce que je fais quand on est nombreux à la longère.

M

Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.